Pé de Peyran. 1.

Publié le par R.D.

 Première question : Pé de Peyran, vous connaissez ?
À l’heure actuelle, c’est une propriété de 2 ha, 13 ares, sise à Mugron, Landes, qui appartient à la Société de Borda depuis 2014 car la dernière  propriétaire, Geneviève Lassalle, décédée en 2012, a légué le site  à cette société savante dont elle était membre.
On y accède en empruntant  le chemin de Pé de Peyran, voie sans issue, qui débute discrètement, rue de la République, en face de la rue de la Paix et de la place de la Liberté. La route goudronnée (environ 1 km) se termine près d’un bâtiment agricole. Un  chemin vous mène ensuite à un promontoire, qui domine  la plaine de l’Adour.  Au sommet de ce promontoire se dessine nettement l’emplacement d’une motte féodale. 
Les seuls éléments construits sur cet espace sont une grange en assez mauvais état et une construction énigmatique, un portique monumental, sorte d'arc de triomphe, que le visiteur doit franchir pour parvenir jusqu'à la motte.

Voici ce que vous apprendrez en demandant autour de vous, en consultant les divers sites ou ouvrages, en lisant le panneau  placé à l'entrée.
Sur son site  l’office de Tourisme le présente ainsi :
« Porte historique placée au milieu d’un grand champ, construite en hommage au futur roi Henri IV ».
Jean-Pierre Besselère, dans son ouvrage 1000 ANS D’HISTOIRE DE MUGRON, Essai historique,  est plus explicite :
« Édifié en 1588 en hommage à Henri de Navarre (roi de France, 1589-1610) après son passage à Mugron et Pé de Peyran. En effet, venant d’Hagetmau, le futur roi de France était poursuivi par les ligueurs de Monluc, bien qu’il soit gouverneur de Guyenne, donc maître chez lui !... Il passa l’Adour au gué de Lescole afin de rejoindre Mont-de-Marsan, son refuge temporaire et siège d’un fort parti protestant».
Jean-Pierre est justement celui qui m’a conduite à ce site dont je n’avais jamais entendu parler. 
« Cette construction est consécutive à l’amitié que lui témoignaient le seigneur de Mugron et surtout la belle Corisande d’Andoins (une de ses maîtresses), native d’Hagetmau, qui fut sa confidente, égérie et mécène. L’originalité de ce portail tient dans la symbolique qu’il représente : les ornementations en saillie verticales et transversales, au-dessus de la porte, simulent la lettre majuscule,  pour Henri. Les sept bustes stylisés tout en haut du portail sont représentatifs des 7 fidèles, hommes et femmes, d’Henri IV ».
C
ette affirmation se retrouve sur le panneau installé au pied du portail. C’est ainsi que, depuis l’instauration du parcours du Patrimoine à Mugron, et surtout  depuis l’entrée en scène de la société de Borda, cette présentation de la construction se répète à l’envi, est reprise à chaque description du village par les guides improvisés, les élus, et évoquée dans  divers ouvrages, dont le très récent Femmes d'exception dans les Landes  de Philippe Soussieux !
Et encore, ce jour, mai 2026,

Pour ma part, je suis toujours extrêmement prudente,  confrontée à une assertion qui n’est pas assortie de preuves ou de sources vérifiables, surtout  s’il s’agit d’histoire. Cette  porte, sorte d’arc de triomphe, édifiée en un lieu solitaire, presque inaccessible, en l’honneur d’un roi (ou futur roi) , si célèbre fût-il dans notre région, m'a toujours posé un problème.. Comme, à une époque antérieure, m'avait posé problème l'assertion  disant que "Lahosse s'appelait autrefois."  Je renvoie le lecteur à l’article concerné.
Et n'ai-je pas, un jour,  pas très éloigné, entendu Jean-Pierre Brèthes, alors président de la société de Borda, faire observer, comme en aparté, après avoir entendu rappeler cette explication admise de tous  sans réserve aucune : "Il faudra peut-être, un jour, se pencher sérieusement sur ce point".
On sait bien que tout vieux château a vu passer Henri IV, ou Napoléon, ou autre célébrité, selon la  contrée. Je veux bien sourire à la charmante légende qui accompagne la ravissante statue de la fontaine à Nérac, je ne vois aucun inconvénient à ce que les guides la racontent, mais dans ce cas précis, permettez-moi de réclamer quelques justificatifs.

Un point m'intrigue particulièrement
 Pendant longtemps,  cette construction, encore à ce jour peu connue même des mugronnais,  n’a fait l’objet d’aucun intérêt par les divers érudits qui se sont penchés sur l'histoire locale.. L’abbé Meyranx, auteur d’une Histoire de Mugron (1911) assez documentée, qui a étudié attentivement toutes les archives communales, les minutes des notaires, (et qui cite ses sources !), se borne à en noter  l’existence  dans le chapitre consacré aux diverses caveries et maisons nobles de Mugron. Il note que c'est le seul élément qui subsiste de ce qui a pu se trouver sur les lieux, avouant son ignorance sans ambages. Jusqu'en 1960, il y avait pourtant une maison, juste derrière la construction (voir la photo).

Collection privée.

A suivre

 

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